Comme je vous l’avais promis la dernière fois, je vais vous parler de deux hommes incontournables du DA japonais:
Isao TAKAHATA et Hayao MIYAZAKI qui ont souvent travaillé ensemble.

L’actualité 2000 (janvier) donne un intérêt supplémentaire à cet article.
En effet, Princesse Mononoke (titre original
Mononoke Hime) est l’œuvre finale de MIYAZAKI, et la plus aboutie dans beaucoup de domaines.
Malgré les pressions anti-mangas, ce film a reçu un accueil très favorable de la critique, et les chiffres du succès ne ce sont pas fait attendre.
C’est un vrai chef-d’œuvre, même si les adorateurs de MIYAZAKI ont pu être troublés par la violence crue, et parfois gratuite, de ce long métrage.
Si l’article n’est pas trop long, je vous parlerais de ce bijou, qui nécessite une connaissance de la culture et de l’histoire japonaise, pour l’apprécier à sa juste valeur.
Connaissons-nous en France ces 2 personnes ? Oh oui ! A travers des films comme:
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- Mon voisin Totoro (Tonari no Totoro),
- La princesse des étoiles (Kaze no tani no Nausicaä) une traduction absurde car ce n’est pas une princesse et le film n’a aucun rapport avec l’espace;
- Porco Rosso (Kurenai no buta),
- Edgar de la cambriole et le film Le Château de Cagliostro (Lupin Sansei - Cagliostro no Shiro)
- et Le tombeau des lucioles (Hotaru no Haka) ci-contre, etc.
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Ces films ont l’avantage de couvrir un large éventail de catégories:
policier comique, aventure science-fiction, conte de fée, guerre et drame humain et aventure héroïque;
Ce qui est très loin de l’image du DA japonais qu’ont les occidentaux en général.
Dans mon 1er article je vous ai parlé de la place du DA au Japon.
Maintenant il est temps de vous parler de la qualité de ces œuvres cinématographiques à travers la bibliographie de ces 2 hommes.
Leur première collaboration remonte à 1964 avec
Ookami shônen Ken (Ken: l’enfant loup).
Contrairement à ce qu’avait annoncé MIYAZAKI en 98 lors de la sortie de
Mononoke Hime,
il semblerait qu’il ait renoncé pour quelque temps à sa retraite.
Extrait des bibliographies de (M) Hayao MIYAZAKI(T) Isao TAKAHATA
| 1961 | Oomaru | (T)Assistant Directeur technique
| | 1963 | Ookami shônen Ken | (T) Scénario 12 épisodes; (M) Plusieurs activités
| | 1968 | Mahotsukai Sally (Sally La petite sorcière) | (M) Animation ép.77&80
| | 1969 | Gegege no Kitaro | (T) Directeur technique 62ème épisode
| | 1970 | Mûmin (Moomin) | (M) Animation ép.23
| | 1971 | Ali Baba to 40 hiki no Touzoku (Ali Baba et les 40 voleurs) | (M) Animation
| | 1971 | Lupin III | depuis ép.6 (T&M) Directeur technique
| | 1971 | Gegege no Kitaro 2 | (T) Directeur technique 5ème épisode (générique de début et de fin)
| | 1974 | Alpes no shôjo Heidi | (T) Directeur technique
| | 1975 | Flandres no inu (Le chien des Flandres) | épisode 5: (T) Scénario; (M) Animation
| | 1978 | Mirai shônen Conan (Conan le fils du futur) | (T) Directeur technique ép.9.10.62; (M) Directeur technique, Dessinateur, Scénario ép6 et 10 autres épisodes; storyboard de 5 épisodes
| | 15/12/79 | Lupin III: Cagliostro no shiro (Le château de Cagliostro) | (M): Directeur technique Réalisateur
| | 1982 | Meitantei Holmes (Sherlock Kolmes) | (M): Directeur technique 6 ép.
| | 1983 | Little Nemo (Réalisé en 1989) | (M&T) Développement du concept
| | 1983 | Cobra | (M) Conseillé en animation
| | 11/3/84 | Kaze no Tani no Nausicaä | (T) Producteur; (M) Directeur technique Scénario Réalisateur
| | 2/8/86 | Tenkyû no shiro Laputa | (T) Producteur; (M) Directeur technique
| | 4/87 | Yanagawa horiwari monogatari (L’histoire du canal de Yanagawa) (Apr 1987 / 165min) | (M) Producteur; (T) Directeur technique Réalisateur
| | 14/4/88 | Tonari no Totoro (Mon voisin Totoro) | (M) Directeur technique Réalisateur ScénarioDevenu l’emblême des studio Ghibli
| | 16/4/88 | Hotaru no Haka | (T) Scénario Réalisateur
| | 29/7/89 | Majô no Takkyûbin Kiki | (T) Directeur musical; (M) Directeur technique Producteur Réalisateur
| | 20/7/91 | Omohide poro poro (Only Yesterday) | (T) Scénario Réalisateur; (M) Producteur
| | 18/7/92 | Kurenai no Buta (Porco Rosso) | (M) Directeur technique Réalisateur Scénario
| | 14/7/94 | Heisei Tanuki Gassen Pompoko (Pompoko Tanuki) | (T) Création Scénario Réalisateur; (M) planning
| | 15/7/95 | Mimi wo Sumaseba (Whisper of the Heart) | (M) Réalisateur Producteur storyboard
| | 12/7/97 | Mononoke Hime (Princesse Mononoke) | (M) Directeur technique Scénario Réalisateur
| | 17/7/1999 | Hôhokekyo Tonari no Yamada-kun (My Neighbors the Yamadas) | (T) Directeur technique Réalisateur
| | !! 2001 !! | A Thousand & Chihiro's Spirited Away | (M) Directeur technique
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Pour une Bibliographie plus complète http://garnier.free.fr/animation/lw/filmography.html
La première constatation, c’est que ces artistes sont devenus célèbres par leur travail.
Progressant sans cesse dans la hiérarchie cinématographique, ils ont acquis une excellente qualité graphique sous l’inspiration de thèmes très différents.
MIYAZAKI serait même prochainement élevé au rang de "trésor national" par le ministère de la culture(en 2001 selon les rumeurs et s’il ne reprend pas du service).
Si les occidentaux ne jurent que par Waltz Disney, les japonais vénèrent MIYAZAKI, ou pour les plus vieux, TEZUKA.
Leurs œuvres ne sont pas des remakes de DA occidentaux même si Totoro est une transposition japonaise d’Alice aux pays des merveilles.
Ce ne sont pas non plus des réalisations purement commerciales et leur durée le prouve:
| 165' | Yanagawa horiwari monogatari |
| 133' | Mononoke Hime |
| 124' | Tenkyû no shiro Laputa |
| 118' | Heisei Tanuki Gassen Pompoko |
| 118' | Omohide poro poro |
| 116' | Kaze no Tani no Nausicaä |
| 111' | Mimi wo Sumaseba |
| 102' | Majô no Takkyûbin Kiki |
| 100' | Cagliostro no shiro | |

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Dans les œuvres de MIYAZAKI, il existe plusieurs thèmes récurrents:
L’écologie, les valeurs traditionnelles, l’antimilitarisme et les effets de la vanité de l’Homme.
L’écologie est sûrement le plus prédominent.
Regardez les décors de Mononoke Hime ou de Laputa pour vous en convaincre.
Il s’inspire souvent de la verdure des îles situées au sud de Kyûshû pour tous ses films.
De plus c’est un militant convaincu.
Pour sauver une forêt près de Tôkyô des mains des promoteurs immobiliers, il n’a pas hésité à racheter le terrain au grand désarroi des politiciens.
C’est d’ailleurs peut-être une des causes du retard de sa nomination pour devenir trésor national.
C’est aussi très présent dans Nausicaä où la forêt toxique recouvre la planète et où les mutations génétiques prospères (d’ailleurs il doit avoir sûrement une phobie des insectes).
Ce qui est très agréable dans ses films c’est la qualité et la minutie des décors naturels de ces films.
TAKAHATA possède lui aussi cette qualité, visible dans son hymne à la nature et aux valeurs traditionnelles qu’est Pompoko Tanuki.
Les valeurs traditionnelles sont des éléments fondamentaux pour ces deux maîtres.
L’évolution actuelle du Japon n’y est surement pas pour rien.
Une certaine nostalgie et mélancolie sont souvent présenté de manière simple et crue comme dans Mimi o Sumaseba, Tampoko Tanuki, Omoide poro poro, Totoro,...
De plus, le père de MIYAZAKI était constructeur d’avions.
Hayao en a gardé une fascination pour le vent et les objets volants.
Dans Laputa, Nausicaä et Kurenai no buta, nous retrouvons des scènes aériennes tout bonnement extraordinaires.
L’antimilitarisme est aussi très présents au travers du scénario mais surtout via les grandes batailles qui parsèment les oeuvres: Mononoke, pompoko, Nausicaä, Laputa.
Même si souvent il essaie de transformer ces scènes sous un angle humoristique, c’est pour mieux valoriser la morale de l’histoire puisque souvent les vainqueurs, quand il y en a, ne sont pas les plus agressifs.
Beaucoup de personnes pensent que le Japon s’est imposé dans le monde de l’animation car les coûts de productions y sont faibles, or c’est le contraire.
La vie à Tôkyô étant très chère, les DA ne sont pas bons marchés pour les occidentaux.
Depuis plusieurs années, l’industrie japonaise de l’animation est même obligée de sous-traiter en Corée ou en Chine.
La 1ère exception et de taille fut Goldorak.
En effet, la BD originale (UFO Grandizer de GO NAGAI ) eut un bon succès.
Mais l’adaptation en série TV possédait une modification de taille:
Le héros n’était plus le terrien ALCOR mais le robot et l’extra-terrestre.
La série TV fut un flop total au Japon.
La seule manière de rentabiliser cet investissement fut de le brader en occident.
Le succès inespéré ne permis tout de même pas à cette série d’obtenir une quelconque notoriété au Japon. Les Mangaka (dessinateurs) d’aujourd’hui ne connaissent même pas cette série. Etonnant non !
Revenons à Mononoke Hime qui est sorti en France en janvier.
Tout d’abord, il faut savoir que ce film est le fruit de 12 ans de travail.
L’idée et la trame de ce film ont débuté la même année que Nausicaä (1984).
Coté qualité de l’animation, je vous laisserai le soin de le découvrir en allant au cinéma le voir de préférence en VF pour la première fois.
Au Japon, la cassette vidéo est en vente depuis 1998 pour 5000 yens.
Ceux qui ont Internet se feront un plaisir de l’acheter sur le réseau (format NTSC).
Ce film fait une apologie de la nature et lutte contre la vanité et la violence des Hommes.
C’est un film d’aventure, digne d’Indiana Jones, qui se déroule à l’époque Muromachi jidai où le Japon n’était pas encore unifié.
Le village d’Ashitaka (le jeune guerrier) est un village d’Emishi qui sont des personnes ayant fui au Nord dans la région du Tohoku (Honshû) la nouvelle autorité militaire du shogunat.
Plus précisément ici, c’est la contrée de Shirogamisanchi.
Je vais m’attarder sur les points remarquables de ce film, mais peu visibles pour un occidental:
les fondements historiques et mythologiques de ce film.
Coté historique, ce film est basé sur les résultats de recherches archéologiques japonaises récentes.
Il faut dire que tout ce qui touche l’archéologie au Japon est obligatoirement récent puisque l’essor de l’archéologie au Japon date des années 50.
Comme on n’a pas reconstituer de village sidérurgique ancien, MIYAZAKI a pris pour modèle un village ancien Italien.
Par contre, la mine est la reproduction fidèle de celles qui existaient jadis à Izumo (Shimane-ken au centre d’Honshû) et la fonderie est inspirée des vestiges retrouvés à Nishingoten (Hokkaïdo).
Les vêtements sont très fidèles alors que les armes sont des petits anachronismes servant l’histoire.
Beaucoup de légendes exclusivement japonaises sont présentes dans ce film.
Tout d’abord, les kodama que les dictionnaires traduisent par fantômes.
En fait, il faudrait plutôt traduire par esprits de la forêt.
Au Japon, ils représentent les bruits et les mouvements qui animent la nature; C’est l’âme de la Nature.
La représentation japonaise est différente de la notre.
Comme les kodama japonais n’ont pas de forme spécifique, MIYAZAKI leur en a donné une au travers d’esprit ressemblant à des teruterubozu
(poupées que l’on pend sur la fenêtre pour espérer qu’il ne pleuve pas).
Les esprits de chaque famille d’animaux proviennent aussi d’une légende, celle de inugami no densetsu la légende du dieu chien qui introduit l’idée du dieu loup.
MIYAZAKI a transposé cette légende à tous les autres animaux fondamentaux des forêts japonaises. Ainsi on obtient la louve Moro no kimi (no kimi voulant anciennement dire madame), le sanglier Okkotonushi, le singe Shôjô et le cerf shishigami.
Seul Tatari-ebi, l’esprit qui c’est emparé de Ashitaka lors de son combat initial ne semble pas provenir de légendes ou de contes japonais.
Enfin, l’existence de Didarabocchi est issu directement de daidarabocchi monogatari l’histoire de Daidarabocchi.
C’est l’esprit suprême de la forêt qui sculpte les montagne avec ses mains et qui trace les rivières avec un doigt...
Toutefois ce Dieu est unique et n’est pas issu de la transformation d’un autre Dieu comme MIYAZAKI le montre à la fin.
Pour ceux qui aimerait connaître le scénario du film ou l’histoire du Japon, jetez un coup d’œil sur http://garnier.free.fr/.
La partie concernant Mononoke Hime devrait être téléchargée lorsque vous lirez ces lignes.
Voilà j’espère une fois de plus ne pas avoir été trop ennuyeux et la prochaine fois (avec moins de retard) j’écrirai sur l’œuvre complète de GO NAGAI ou TEZUKA le créateur en 1963 du roi lion.
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